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Périodique économique...

Directeur-Fondateur
Mokhtar ZOUARI

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IAA: Des acquis importants et des potentialités non exploitées.

Les industries agroalimentaires, l’un des maillons qui relient l’agriculture aux consommateurs, se sont développées en Tunisie à travers un processus dynamique de division et de recomposition du travail entre l’agriculture et l’industrie. Dans un premier temps, ces industries étaient dépendantes de l’agriculture et se contentaient de stabiliser les produits agricoles par un simple conditionnement et une activité de stockage. D’une industrie de première transformation, l’agroalimentaire tunisien est passé à des industries de deuxième et de troisième transformation, offrant des produits plus élaborés. Défi majeur: améliorer la productivité du travail et du capital et assurer leur compétitivité.

Etroitement liées à la production agricole du pays, les industries agroalimentaires sont incontestablement les plus anciennes en comparaison avec les autres activités économiques. Après une période de fluctuations, ces industries ont connu un développement remarquable: leur part dans les investissements consacrés aux industries manufacturières a connu, à partir de 1987, une forte reprise avec un taux de croissance de plus de 20%... une reprise qui a été tirée par les nouvelles opportunités d’investissement dans le secteur.

Des progrès par filière

Le secteur des IAA est constitué de plus de 5500 entreprises dont la majorité est formée de petites et moyennes entreprises, hormis quelques grandes firmes modernes et capitalistiques qui opèrent dans la transformation des céréales, le raffinage du sucre et le traitement des produits laitiers. Ce secteur emploie plus de 60.000 personnes et ses exportations représentent 15% de la valeur globale des exportations de biens.
A l’instar des industries agro-alimentaires dans les pays développés, celles de la Tunisie ont suivi une approche de progrès par filière:

La filière céréalière

Qualifiée de «stratégique» en Tunisie, cette filière représente la part la plus importante (près de 40%) du chiffre d’affaires du secteur des IAA. En effet, la transformation du blé comprend la pre-mière transformation (meunerie et semoulerie) et la seconde transformation (panification, biscuiterie, biscotterie, viennoiserie et pâtisserie fraîche industrielle et artisanale, ainsi que la fabrication de pâtes alimentaires et de couscous.
Avec l’élévation du niveau de vie, la quantité de blé consommée par les Tunisiens devrait diminuer. En revanche, les produits de la biscuiterie et de la pâtisserie sont en progression… un phénomène qui traduit une évolution des comportements alimentaires. Ces produits ont pu répondre aux exigences des chaînes de distribution en matière de quantité, de standardisation et d’emballage.
Avec la réforme du secteur de la panification, la «baguette» est devenue le pain quotidien dominant qui «s’industrialise» progressivement sous la pression de la grande distribution et de la maîtrise des coûts de production. L’industrie de l’alimentation animale s’est développée, quant à elle, sous l’effet d’une expansion remarquable des industries avicoles et de l’élevage de bovins et d’ovins.

La filière oléicole

L’oléiculture s’étend sur 1,6 million d’hectares (30% des terres agricoles) plantés de plus de 56 millions d’oliviers. Cette activité occupe 1440 huileries d’une capacité de 22 mille tonnes/j dont plus du tiers en chaînes conti-nues, sachant que plus de 70% de la production sont exportés par l’ONH et des opérateurs privés. Les atouts et les avantages économiques, sociaux, financiers et écologiques de la production et de la transformation de l’huile d’olive sont incontestables. Cependant, l’absence de marques phares, de label de qualité et d’AOC font que l’huile d’olive tunisienne n’ait pas pu s’imposer comme il se doit sur le marché mondial. Passer de la vente en vrac à la commercialisation d’huile conditionnée est une action soutenue par un programme mis en oeuvre par l’Etat. La filière oléicole s’est dopée par l’entrée de nombreuses unités dans la production d’huiles végétales conditionnées (maïs et tournesol en particulier).

La filière de conserves alimentaires

La conserve de tomate représente le créneau dominant dans cette filière avec près de 90% de l’activité de conserves de fruits et légumes. Le double concentré de tomates est considéré comme un produit stratégique pour la consommation intérieure. Mais malgré les efforts déployés par des opérateurs privés pour diversifier l’offre, celle-ci reste encore marquée par la prédominance du double concentré qui a gagné la confiance des ménages. Par contre, les productions de tomates pelées, pulpe de tomates, tomates en cube, ketchup… n’ont pas pu les «acculturer». Les unités de production de tomates pelées sont totalement orientées vers les marchés extérieurs, l’Italie en premier lieu.
Quant aux conserves de piment, elle gardent leur poids sur le marché local avec 30 mille tonnes/an, contrairement aux autres conserves de légumes (petits pois, artichauts, haricots…) qui représentent de petites productions marginalisées. De même pour la production de conserves de fruits qui représente encore des volumes limités sous l’effet d’une demande très timide. Par contre, la production des semi-conserves d’olives, de câpres, de carottes et de plusieurs variétés de piments, est très importante. Ce marché est très florissant.

La filière laitière

La production de produits laitiers a connu un développement considérable au cours des 15 dernières années grâce à l’accroissement des effectifs bovins de race pure et améliorée. Le développement du système de collecte et l’installation de centrales laitières pour le lait frais, ont permis l’approvisionnement du pays en lait frais pasteurisé. La collecte qui s’effectue à proximité des nouveaux bassins laitiers est passée de moins de 75 millions de litres en 1992 à plus de 450 millions de litres en 2009. La révision régulière du prix du lait au niveau de la production et de la vente au consommateur final et la révision régulière de la prime de collecte du lait ont contribué à la réalisation, en 1998 déjà, de l’autosuffisance.
La production de yaourt obtenue essentiellement à base de lait frais a connu un développement considérable. En effet, la capacité de production installée est de l’ordre de 4,5 millions de pots. En s’associant avec des partenaires de dimension internationale comme Danone, les producteurs tunisiens du secteur laitier essaient d’acquérir des avantages compétitifs en matière de techniques de production, d’innovation produits et de notoriété commerciale.
Concernant la fabrication de fromages, la Tunisie compte une vingtaine d’unités en quête d’une forte demande intérieure. Celle-ci demeure encore limitée. Quant aux besoins en beurre, ils sont totalement couverts par les différentes laiteries.

La filière de la viande et des produits carnés

Il s’agit d’une chaîne dont les maillons, à des degrés de maturité différents, vont de l’élevage jusqu’à l’industrie de la transformation des viandes. L’activité des viandes rouges reste encore très traditionnelle avec une prépondérance de la branche «éleveurs indépendants, marchands de bestiaux, abattoirs publics, boucheries de détail». Elle représente une capacité de plus de 750 tonnes/an et occupe près de 3000 emplois permanents. L’abattage s’effectue dans 202 abattoirs dont 6 ont une capacité de plus de 1000 tonnes/an, sachant que 12 unités spécialisées opèrent, aujourd’hui, dans le domaine de la transformation et du conditionnement des viandes.
Quant à l’aviculture industrielle, elle a connu un véritable décollage au cours des années 70 grâce aux encouragements de l’Etat. Aujourd’hui, la production et la consommation de ce type de viandes représentent plus du tiers du marché des viandes toutes catégories confondues.

Réfrigération et congélation de fruits et légumes

Avec quelque 300 unités frigorifiques, cette branche s’est dotée d’une capacité de près de 500 mille m3 en froid positif, plus de 200 mille m3 en froid négatif et plus d’un millier de tonnes/j en tunnel de congélation.
Le développement de l’entreposage frigorifique joue un rôle d’entraînement et de régulation pour la production de fruits et légumes. Il permet aussi un approvisionnement plus étalé en produits frais; ce qui est bénéfique sur le plan nutritionnel.

Production de boissons gazeuses

La production de boissons gazeuses est assurée par une quinzaine grandes unités de marques internationales et une dizaine de petites unités de marques locales. Elle est estimée à 3 millions d’hectolitres correspondant à une valeur de près de 80 millions de dinars, et caractérisée par trois entreprises dominantes dont la plus importante est la SFBT qui détient près de 70% de cette capacité.

Filière des eaux minérales et des eaux de table

Elle s’est dotée d’une capacité de production installée de plus de 160.000 bouteilles/h et connaît un taux de croissance de 12% par an, sachant que la demande en eaux minérales conditionnées ne cesse de s’amplifier.

La production de jus

Implantée en Tunisie depuis le début des années 80, cette branche n’a pas connu de développe-ment important. Elle est handicapée par l’insuffisance des productions fruitières, l’absence de culture spécifique destinée à la transformation en jus, les prix élevés de la matière première et la prépondérance de la consommation en frais.

La branche chocolaterie et confiseries

Cette branche compte plus de 30 unités industrielles disposant d’une capacité de production de plus de 45 mille tonnes/an en confiserie et plus de 6000 tonnes en chocolaterie. Etant orientées vers le marché local, ces productions ne visent l’export vers les marchés africains que d’une manière épisodique et marginale.

Conditionnement et transformation des produits de la pêche

Ces activités sont entreprises par 112 unités opérant dans le conditionnement des produits frais orienté, essentiellement, vers l’exportation sur l’Europe et le Japon; la transformation des poissons bleus avec une capacité de conservation de 100 tonnes/j assurée par une vingtaine d’unités; la transformation du thon (la production locale de thon est de 2000 tonnes en moyenne par an destinée à la transformation et à l’exportation en frais); et enfin la congélation des produits de la mer… une branche caractérisée par un suréquipement et une surcapacité de production (taux d’utilisation inférieure à 30%).
Depuis 1994, les entreprises du secteur ont mis en oeuvre un programme drastique de Mise à Niveau pour se conformer aux exigences normatives et qualitatives des marchés extérieurs, ceux de l’Union européenne en premier lieu. 66 unités opèrent dans cette activité (congélation des crustacés essentiellement) orientée à 90% vers l’export.

Dans le contexte du libre-échange

A long terme, la stratégie de développement des IAA, vise à réaliser les objectifs suivants: assurer l’autosuffisance et la sécurité alimentaires; réaliser l’intégration et le développement des filières; garantir des débouchés réguliers à la production agricole et agro-alimentaire; et se positionner durablement et efficacement sur les marchés d’exportation.
Depuis 1994, les entreprises du secteur ont mis en oeuvre un programme drastique de Mise à Niveau pour se conformer aux exigences normatives et qualitatives des marchés extérieurs, ceux de l’Union européenne en premier lieu. 66 unités opèrent dans cette activité (congélation des crustacés essentiellement) orientée à 90% vers l’export.
L’année 2001 correspond à l’entrée en vigueur du nouveau régime d’échanges de produits agricoles et agroalimentaires dans le cadre de l’association entre la Tunisie et l’Union européenne… une association qui offre de nouvelles opportunités d’exportation vers un marché de 500 millions de consommateurs. La «balle» est dans le camp de la grande famille des professionnels du secteur.

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